Monsieur le Premier Ministre préféré des Maurice,


Nous voilà encore une fois sous le choc. Hébétés. Hagards. Perdus. Dix de nos compatriotes sont morts dans une violente tragédie de la route.
Nous pleurons ces morts sans les connaître. Nous partageons la peine de leurs familles, que nous les connaissions ou pas. Maurice, petit pays où on a toujours l’impression de se connaître tous un peu. Alors on compatit. On s’émeut. On verse des larmes. On est révolté contre ce coup du destin, contre ce mauvais sort qui semble s’acharner.
Destin ? Mauvais sort ? Monsieur le Premier Ministre préféré des Mauriciens, on ne sait plus trop là. Il y a un mois, 11 personnes sont mortes après des inondations et on nous a bien fait comprendre que les raisons étaient climatiques et qu’il ne fallait point chercher de bouc émissaire. On a fait taire les critiques, balayé d’un revers de main les clameurs. NU PAS EN TORT, NU…
Et puis hier est arrivé. Un bus bleu. Climatisé. Un bus de la CNT. Un bus d’un corps para-étatique, avec un ‘board’ de direction dont la présidence est nommée par vous, Monsieur le Premier ministre préféré des Mauriciens. Un bus bleu qui nous donne aujourd’hui le blues. Un bus bleu devenu amas de ferrailles. Un bus bleu au sol, un bus bleu à terre. Un bus bleu, des morts, des larmes et de la rage
Monsieur le Premier Ministre préféré des Mauriciens, je vous ai écouté le 1er mai quand vous parliez de la nécessité de connaître le terrain, en sus d’avoir des qualifications. C’était pour justifier la nomination de M Naroo à la présidence de la CEB, M Naroo que certains accusent de ne pas avoir les qualifications nécessaires.
Monsieur le Premier Ministre préféré des Mauriciens, je crois que le mal vient de là. De ces ‘nu dimounes’ nommés non pas à cause de leurs qualifications, mais bien à cause de leur proximité avec leur pouvoir. Ces ‘nu dimounes’ à qui on n’ose rien dire, sachant qu’ils peuvent à tout moment nous sanctionner par des transferts punitifs. Alors du coup, on laisse faire. On laisse pourrir les choses et les maldonnes s’enchaînent. Tant que cela reste au niveau des bribes, de la corruption, des appels d’offres pipés, c’est ‘juste’ de l’argent sale et mal gagné. Mais quand ces décisions entraînent la mort d’innocents, là c’est tellement, mais tellement révoltant !

Monsieur le Premier Ministre préféré des Mauriciens, aujourd’hui une fillette de 11 ans n’a plus de maman ni de papa. D’autres aussi ont perdu des êtres chers. Il faudra leur donner des réponses. Pas les habituelles réponses alambiquées comme celles qu’on entend au Parlement, mais des réponses claires et nettes. 
Ce seront à coup sûr des réponses que nous attendons aussi. Monsieur le Premier ministre préféré des Mauriciens, ne nous faites pas trop attendre s’il vous plaît. 
Avant de finir, juste un dernier petit mot, Monsieur le Premier ministre préféré des Mauriciens. Sachez sentir quand votre peuple a besoin d’être rassuré et réconforté. Car quand un accident de cette ampleur survient le matin, on s’attend a ce que notre Premier Ministre préféré des Mauriciens nous parle rapidement, pas forcément en conférence de presse en fin d’après-midi, mais rapidement à la radio ou à la télé, après la tragédie. Juste pour nous dire deux ou trois petits mots. Juste pour nous dire qu’il est là.
Ne le prenez mal, Monsieur le Premier ministre préféré des Mauriciens, mais nous, c’est vraiment ce qu’on aurait préféré.

Texte de Priscilla Moothien
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